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Mois : octobre 2021

Prédateurs terricoles du Varroa – 2

Prédateurs terricoles du Varroa – 2

Aménagements des ruches – Capturer des pseudo-scorpions – Monitorer stratiolaelaps

Dans l’article  précédent,  je vous présentais 2 candidats à une lutte biologique contre varroa destructor.  Il s’agit de 2 prédateurs que sont le « chélifer cancroïdes » plus connu sous la dénomination de « pseudo-scorpion » et le « stratiolaelaps scimitus »

Ils sont tous les 2 chasseurs et consommateurs des varroas phorétiques.  Ils ne s’intéressent pas au couvain et donc n’atteignent pas les femelles varroas qui se sont introduites dans une alvéole qui héberge une larve prête à se transformer en nymphe, juste avant son operculation par les abeilles.

Pour être efficace, ils doivent donc idéalement être présents durant toute la saison apicole.
A  force de capturer des varroas phorétiques pour s’en nourrir, ils réduiront le nombre de femelles varroas qui pourront s’introduire dans une alvéole juste avant son operculation et y pondre ses œufs.  Ils casseront ainsi la croissance exponentielle classiquement observée du nombre de varroas dans la ruche, en l’absence des traitements médicamenteux, d’ailleurs interdits durant la miellée.  Si ces prédateurs du varroa permettent de s’opposer au développement exponentiel du nombre de varroas en cours de saison, le nombre d’abeilles porteuses de varroas phorétiques n’atteindra jamais le seuil fatidique qui condamnerait la colonie.

Après avoir fait connaissance de ces 2 auxiliaires possibles dans notre lutte contre les varroas, encore faut-il leur offrir un milieu qui peut les héberger et leur permettre de se reproduire.

Dans ce second article, j’aborderai ensuite comment trouver des pseudo-scorpions pour ceux qui le souhaitent et ont la patience nécessaire et comment monitorer le présence de stratiolaelaps dans le mélange terreau-compost au cours de l’année voir d’une année à l’autre.

  1. Adaptation des ruches / de leur support

Pour les pseudo-scorpions

Les pseudo-scorpions, fréquents dans les ruches en paille d’antan, ne se sont pas accommodés des ruches modernes.  Il est cependant possible de  leur offrir le gîte dans nos ruches à condition de renoncer au « polystyrène » et de leur fournir 2 aménagements assez simples.

Il conviendrait avant tout, d’éviter tout matériel en polystyrène (plancher Nicot) qui, par des phénomènes électrostatiques, désorientent les pseudo-scorpions.  De plus l’humidité relative des ruches en polystyrène, plus élevée que celle des ruches en bois, rebute les pseudo-scorpions.

Pour favoriser la colonisation de la ruche, il faut prévoir un bac aux dimensions équivalentes au modèle de ruche utilisé qui devra être en contact avec le sol et contenir un mélange de terreau et de matières brunes et sèches (pailles, broyat, feuilles broyées, sciure, morceaux d’écorce) sur lequel sera déposé la ruche avec suffisamment de matière pour que celle-ci soit en contact avec la grille à varroas.

Dans la ruche, il est recommandé de remplir les cadres de rives avec ces mêmes matières brunes et sèches et de les retenir en place avec un grillage à mailles fines (grillage inox – 6mm/6mm, grille à propolis), ce qui réduit effectivement le nombre de cadres destinés à l’élevage du couvain.

Outre le fait d’héberger une microfaune, dont les pseudo-scorpions, ces cadres de rives remplis de matières brunes joueront le rôle d’isolant des partitions que les apiculteurs mettent en hiver pour réduire le volume occupé par la colonie.  Le mélange paille, broyat et  autres matières brunes et sèches pourra également réguler (absorber / restituer) l’humidité produite par l’activité de la colonie.

Pour les stratiolaelaps scimiti

Le principe de base est le même que pour les pseudo-scorpions : prévoir un bac socle aux dimensions équivalentes au modèle de ruche utilisé qui devra être en contact avec le sol et contenir un mélange cette fois de terre / terreau et de compost bien digéré.

Comme pour les pseudo-scorpions, il est impératif que le grillage du plancher soit en contact étroit avec le mélange terreau + compost pour l’ensemencement de 5.000 stratiolaelaps qu’il est recommandé de fournir à chaque ruche.

Si le bac à la dimension exacte de la base de la ruche, le problème est alors le contrôle de l’humidité et l’apport  de nouveau compost pour garder le contact avec la grille à varroa.

Un bac qui se prolonge vers l’avant de la ruche ou sur le côté de la ruche permet alors à la pluie d’humidifier la partie exposée à l’air libre et par ce biais de maintenir plus facilement l’humidité nécessaire sous la ruche.

 

Aménagements communs aux 2 prédateurs

Le fait de devoir mettre le substrat contenu par le bac socle de la ruche, en contact avec la grille à varroa réduit fortement la ventilation par le bas puisque seule la porte de la ruche est ouverte et disponible pour le renouvellement de l’air dans la ruche.

Cette grille reste indispensable pour empêcher que de petits rongeurs capables de creuser un tunnel dans le sol et à travers le milieu de vie de nos auxiliaires prédateurs (terreau – matières brunes / terreau – compost mûr) ne viennent s’installer dans la ruche, à la recherche de chaleur en hiver.

Si seule la porte d’entrée permet le renouvellement de l’air dans la ruche, cela risque d’être insuffisant quand la colonie atteindra l’apogée de sa population.  Il faut donc prévoir que la ruche soit ventilée de bas en haut.

Il faut donc munir le couvre-cadres d’une ou deux fenêtres équipées d’un grillage à mailles fines (grille à propolis, moustiquaire comme décrit dans mon article paru dans « Apiculture en Wallonie » (juillet-Août 2020) qui maintient les abeilles dans leur habitat.

Par propolisation partielle de la grille, les abeilles peuvent réguler le courant d’air qui migre de la porte d’entrée vers la ou les ouvertures ménagées dans le couvre-cadres et donc réguler de manière optimale pour elles, le renouvellement d’air de la ruche.

Ce couvre-cadres sera surmonté par le traditionnel coussin isolant rempli de matières brunes et sèches (± 10 cm de haut) placé dans une hausse vide ou tout cadre de bois équivalent et d’un toit en bois avec fenêtres d’aération sur les côtés droit et gauche (n = 4) jouant le rôle d’extracteur.  Il est essentiel que l’air puisse traverser le coussin isolant : pas question donc d’utiliser un quelconque isolant synthétique faisant obstacle au passage de l’air.

Pour éviter que le contenant (tissu, toile) des matières brunes et sèches constituant le coussin isolant ne soit en contact avec la grille à propolis utilisée pour garder les abeilles dans leur habitat, j’utilise un morceau de grillage légèrement bombé. Ce grillage évite l’adhésion du tissu à la grille que les abeilles propolisent.

Ce que j’ai fait dans les ruchers que je gère !

Pour rappel, comme décrit et illustré dans « Apiculture en Wallonie » (juillet-Août 2020), toutes mes ruches Dadant 10 cadres ont été adaptées comme suit : j’ ai intercalé entre le plancher et le corps de ruche un sas ou hall d’entrée du volume d’une hausse mais sans cadres, j’ai réduit la largeur du corps de ruche DB10 cadres à 8 cadres en fixant des plaques de liège sur l’intérieur des parois latérales et je laisse en permanence, sur le corps, une hausse DB à 10 tenons, également réduite à 8 cadres qui sont donc dans l’alignement des cadres de corps.  De cette hausse, je ne prélève pas le miel afin de limiter voire d’éviter le besoin de nourrir au TOB après la récolte de juillet.

L’habitat, corps et hausse réduit à 8 cadres, offre un volume plus haut, moins large, mieux isolé et mieux ventilé de ± 67 litres, sans compter le hall d’entrée, pour abriter les abeilles, le couvain et les provisions à comparer au volume de 53 litres d’un corps de ruche DB10.

Une meilleur isolation facilite à priori le maintien de la température d’hivernage dans la grappe et donc moins de consommation de miel pour assurer cette température aux environs de 20 °C.  Un volume plus haut et moins large conduit à un déplacement vertical de la grappe pour chercher le miel et réduit les problèmes de mortalité liés aux déplacements latéraux de la grappe à la recherche de nourriture que l’on observe dans les ruches plus larges que hautes.  Quatre ruches sur 5 ruches adaptées de la sorte ont passé l’hiver 2020-2021 sans encombre avec pour seul complément nutritif 1 pot de miel fourni fin février.  Une colonie n’est pas montée dans la hausse grenier à miel pour une raison qui m’échappe et j’ai retrouvé les abeilles mortes sur le plancher.

Comme recommandé pour accueillir nos prédateurs auxiliaires, j’ai installé cette année, courant février, toutes mes ruches sur 2 rangées de 3 parpaings chacune, écartés de la largeur du plancher grillagé.  Le volume entre les 2 rangées de parpaings est rempli d’un mélange de terreau, de broyat et de compost mur dont un bon tiers est exposé à l’air libre (à la pluie ou au soleil).  Sur ce tiers exposé, j’ai placé des morceaux d’écorces. Le mélange terreau + broyat + compost est maintenu à l’avant et à l’arrière par une planche ou une dalle.

Ce système me permet facilement de tester l’humidité sous la ruche sans devoir la bouger.  Jusqu’à maintenant, je n’ai bien entendu pas dû humidifier le mélange terreau-broyat-compost, la nature y ayant largement contribué.  Le surplus d’eau pouvant descendre dans le sol, il n’y a pas d’eau stagnante dans laquelle se noieraient les stratiolaelaps.

Pour les nouvelles colonies et les nouvelles ruches, au lieu de fixer du liège sur les parois latérales pour le passage de DB10 à 8 cadres, j’ai rempli les cadres en périphérie du corps de ruche et de la hausse permanente de paille et broyat contenu par du grillage à propolis agrafé sur les 2 flancs.

Je mise donc ma lutte contre le varroa essentiellement sur le stratiolaelaps, plus facile à trouver et dont la présence est théoriquement assez facile à contrôler mais espère néanmoins, qu’à terme, quelques pseudo-scorpions migreront du sol vers la ruche, s’installeront dans les plaques de liège qui présentent pas mal d’anfractuosités accueillantes ou dans les matières brunes (paille et broyat) mis à dispositions dans les cadres latéraux des nouvelles ruches et s’y reproduiront.  Les stratiolaelaps ont été saupoudrés sur le plancher (4/5) et sur les têtes de cadres (1/5).

Ces 2 auxiliaires prédateurs du varroa ont des cycles biologiques très différents (vie courte, reproduction très rapide des stratiolaelaps et l’inverse pour les pseudo-scorpions).  Il me reste à espérer  qu’un équilibre sera trouvé, sachant que les stratiolaelaps seront, au même titre que les varroas, des proies des pseudo-scorpions.

  1. Comment trouver des pseudo-scorpions

Comme évoqué dans l’article du mois passé, je n’ai pas trouvé, via internet, où acheter des pseudo-scorpions dont on dit par ailleurs qu’ils seraient chers à la vente. Il semble qu’il faudrait de 50 à 150 pseudo-scorpions par ruche et selon le Dr Charles Schramme, ils coûteraient de 5 à 45 € pièce.  Même à 5 € pièce, cela représenterait un budget de 250 €, inenvisageable pour nous.

 Faut-il abandonner cette piste pour autant ? Non si vous avez des contacts avec des fermiers !  En effet, il faut les chercher dans les étables ou les bergeries sous la paille / le foin.  Muni de votre brosse d’apiculteur, il faut patiemment recueillir tout ce que votre brosse ramène et l’incorporer au mélange terreau – broyat sous la ruche.

Si vous êtes perfectionnistes, il y a moyen de les compter dans l’échantillon recueilli à l’aide de Berlese-Tullgren (voir https://www.massey.ac.nz/~maminor/mites.html) qui permet de séparer les animaux des débris du sol.

Un échantillon est placé sur le tamis (maille ≥ 5 mm) en haut d’un entonnoir.

Une petite lampe avec une ampoule de faible puissance chauffe et sèche l’échantillon par le haut, ce qui stimule les animaux à se déplacer vers le bas (géotaxie positive en réponse à la sécheresse).  Ce mouvement vers le bas fait finalement tomber les animaux de l’échantillon à travers le tamis dans un récipient contenant un milieu de conservation.

 

On peut alors les observer et les compter à l’aide d’un microscope numérique USB 50X à 1600X que l’on trouver à des prix tout à fait raisonnable chez un marchand d’accessoires informatique ou via un achat en ligne.

  1. Monitorer la présence de stratiolaelaps et des varroas

J’ai eut le plaisir d’avoir un contact téléphonique avec Geert Steelant, apiculteur brugeois qui utilise stratiolealaps scimitus comme seule arme pour réduire l’impact de la varroase dans ses ruches Warré depuis plusieurs années.

Selon son expérience, inutile de prévoir un saupoudrage annuel de stratiolaelaps.  Il contrôle par contre 1 fois par mois, y compris en hiver, la présence de ces petits auxiliaires dans un échantillon du mélange terreau- compost qu’il prélève sous la ruche (d’où l’intérêt de bac à compost plus grand que la base de la ruche).  Il examine cet échantillon via une camera reliée à son PC, agrandissant ainsi l’image.  Le microscope numérique trouve ici son utilité : selon Geert Steelant, tant qu’on trouve au moins 1 stratiolaelaps, il n’y a pas de raison de s’inquiéter, dans le cas contraire, vérifier … et s’il le faut, nouvel ensemencement de stratiolaelaps.

Pour ce qui est du contrôle de l’humidité, on trouve dans les jardineries de petits accessoires (humidimètres) qui permettent d’évaluer l’humidité du sol en enfonçant une sonde dans le sol.
Dans une installation comme celle que je vous ai présentée, je peux facilement contrôler l’humidité du mélange terreau-broyat-compost exposé et celle du mélange sous la ruche.

D’après Geert Steelant, il contrôle beaucoup moins souvent ce paramètre depuis que ses ruches sont posées sur des bacs support plus grand que la base de ses ruches et donc avec une partie du substrat de vie des stratiolaelaps exposé à l’air, le soleil et la pluie.

Pour ce qui est des varroas, le milieu de vie des stratiolaelaps devant être en contact avec la grille à varroa, il n’est plus possible de les compter régulièrement, en cours de saison apicole,  sur un lange.   Il faudrait donc évaluer la charge en varroa phorétique en prélevant des abeilles adultes dans la ruche et en utilisant, par exemple, du sucre glace pour détacher les varroas des abeilles ce qui permettra de les compter et de retourner les abeilles dans leur ruche (voir détails techniques dans https://www.technopole.nc/sites/default/files/ft-016-bee_shaker_et_desoperculation_version_2018_0.pdf)

Conclusion des articles 1 et 2.

Il existe au moins 2 prédateurs connu de « varroa destructor » que les apiculteurs peuvent utiliser comme auxiliaires dans leur lutte biologique contre varroa.

S’il y a des preuves que ces auxiliaires peuvent capturer, tuer et se nourrir de varroas, il n’y a pas de preuves, de démonstrations scientifiques qu’ils peuvent vous en débarrasser totalement … ils devraient alors déserter la ruche qui ne leur apporterait plus le « couvert ».

Il y a par contre au moins une observation de plusieurs années, celle de Geert Steelant, qui montre qu’une maîtrise du nombre de varroas réduisant leur impact spoliateur sur les abeilles peut être atteint avec stratiolaelaps scimitus dans la mesure où ses colonies vivent avec le varroa depuis 5 ou 6 ans tout en restant en bonne santé et n’ayant plus été soumises aux traitements acaricides.

 

Georges Niset

Mai 2021

 

 

Prédateurs terricoles du Varroa – 1

Prédateurs terricoles du Varroa – 1

Prédateurs terricoles du Varroa – 1

Quels sont les auxiliaires potentiels de l’apiculteur dans sa lutte contre le varroa indésirable ?

1- Contexte.

Dans un précédent article publié initialement dans la revue apicole du cercle « Abeille du Hain » et publié ensuite dans « Apiculture en Wallonie » (juillet-Août 2020), je faisais part de mon souci de fournir un logement qui me paraissait plus adapté aux besoins des abeilles à partir de ruches Dadant-Blatt 10 cadres [DB10].

J’évoquais ensuite le souci d’appliquer certains principes de permaculture à ma gestion apicole des colonies :  observer, travailler avec la nature plutôt que contre elle, accepter que la diversité est vecteur de résilience ou encore apporter de petits changements pour le plus grand effet.

Ainsi, un des principes incontournables de la permaculture maraîchère est d’éviter à tout prix tous les insecticides, pesticides et autres-cides notamment pour le tort causé aux insectes et donc à nos abeilles mellifères.  Le principe est d’utiliser les « auxiliaires » pour combattre les « indésirables »

L’objectif est donc d’abandonner les traitements conventionnels utilisés en apiculture tels que les médicaments et les acides et de s’engager dans une lutte biologique contre varroa destructor.

Les médicaments (PolyVar®, Apistan®, Apivar®, etc.) ont des effets secondaires (mortalité accrue des abeilles),  sont lipophiles et se retrouvent donc dans les cires.  En conséquence, des traces de ces produits sont détectées dans le miel et le pollen, même si le traitement aux médicaments n’est utilisé qu’en dehors de la saison mellifère.  A ces effets secondaires s’ajoute le fait que les varroas développent des résistances à ces médicaments quand ils sont mal utilisés (non respect des indications fournies par la notice).

Les traitements aux acides (oxalique, formique, etc.) ne s’accompagnent pas de résidus dans les cires, le miel, ne provoquent pas de résistance mais ont pour principal effet secondaire, un accroissement significatif de mortalité des abeilles (reine comprise) au moment du traitement et une réduction de la longévité des abeilles qui ont été exposées aux acides.

Je me suis donc intéressé à 2 prédateurs du varroa potentiellement utiles dans les ruches [auxiliaires] pour réduire la pression du varroa [indésirable].  Ces 2 prédateurs sont le « chélifer cancroïdes » plus connu sous la dénomination de « pseudo-scorpion » et le « stratiolaelaps scimitus »

 

Ils sont tous les 2 chasseurs et consommateurs des varroas phorétiques (ceux qui s’accrochent aux abeilles), ce qui suppose qu’ils soient présents durant toute la saison apicole et qu’à force d’en capturer pour s’en nourrir, ils réduiront leur nombre.  De moins en moins de varroas s’immisceront donc dans les alvéoles occupées par les larves avant l’operculation pour s’y reproduire.  Si ces auxiliaires permettent de s’opposer au développement exponentiel du nombre de varroas en cours de saison, le nombre d’abeilles porteuses de varroas phorétiques n’atteindra jamais le seuil fatidique qui condamnerait la colonie.

Dans ce premier article (1ère partie), je vais vous présenter ces 2 auxiliaires de l’apiculteur soucieux d’une gestion permacole [contraction de permaculture et gestion apicole] de ses colonies. Ils ont des cycles de vie très différents

Dans un second article (2de partie), j’envisagerai les aménagements de la ruche propices à les accueillir et les héberger … si possible au long cours et donc d’assurer leur présence durant toute la saison apicole voire d’une année à l’autre.

2- Chelifer cancroïdes ou scorpion des livres ou encore Pseudo-scorpion

De couleur beige, jaune foncé à brun, il peut curieusement avoir deux ou quatre yeux…ou pas du tout d’yeux.
Rien ne distingue le mâle de la femelle.

Il s’agit d’un arthropode de 2 à 8 mm de long de la classe des arachnides (araignées), de l’ordre des pseudo-scorpions et de la famille des cheliferidae.

Il ressemble effectivement à un scorpion car il a 2 longs bras comme eux mais ne possède pas la queue du scorpion terminée par le dard.

Ce sont ses pinces qui sont porteuses des glandes à venin qui paralyse ses proies et qui servent ensuite à les  déchiqueter.

Il est tout à fait inoffensif pour l’homme…et pour l’abeille.

Les pseudo-scorpions peuvent se tenir sous l’écorce des arbres, sous des pierres, dans des fissures rocheuses, dans le creux des arbres et au sol dans la mousse ou plus généralement dans la litière forestière qui constitue le sol des surfaces boisées où vit une micro faune très riche, peuplée de collemboles, acariens, lombrics, cloportes et arachnides qui sont ses proies.

On en retrouve dans les litières des étables et les bergeries, sous les ballots de paille ou de foin mais aussi dans les pièces humides de la maison (salles de bains ou sous évier par exemple).

 

Les pseudo-scorpions ne se déplacent pas très rapidement par eux-mêmes mais ils sont capables de s’accrocher à des animaux (mouches, coléoptères et même oiseaux) qui servent de moyen de transport : c’est ainsi qu’ils entrent dans les maisons, qu’on les retrouve dans les creux des arbres et qu’ils peuvent suivre un essaim d’abeilles d’une ruche-mère en paille tressée.

Reproduction et cycle de vie

Les mâles maintiennent de petits territoires d’accouplement de quelques cm2.

Lorsqu’une femelle entre sur son territoire, le mâle entame une danse d’accouplement et finit par amener la femelle, à l’aide de ses pinces, sur le spermatophore préalablement déposé sur le sol.

La femelle ramasse le spermatophore, introduit la semence dans son orifice génital et permet ainsi la fécondation. Elle transporte les œufs (de 20 à 40) dans une poche incubatrice ventrale.

Après l’éclosion, les petits vivent sur le dos de leur mère pendant une courte période. Ils passent par 3 stades juvéniles et donc effectuent 3 mues avant d’atteindre le stade adulte. Chaque mue implique la construction d’un nid de soie.

Le développement du stade de l’œuf à la maturité prend de 10 à 24 mois et la durée de vie totale est de 3 à 5 ans.

Dans la ruche

Alois Alfonsus, apiculteur autrichien, a écrit le 1er article scientifique sur la symbiose entre les abeilles et les pseudo-scorpions en 1891 : rien de nouveau donc !

Max Beier publie en 1951 « Le scorpion du livre, un hôte bienvenu des colonies d’abeilles »

Effectivement, il était fréquemment observé dans les ruches en paille tressée mais a disparu des ruches modernes (trop lisse, sans abri possible) et sera victime des traitements acaricides utilisé dans la lutte des apiculteurs contre « varroa destructor ».

Recherches

Le principal défenseur actuel des pseudo-scorpions dans le cadre d’une apiculture respectueuse de l’abeille est un zoologiste allemand, Torben Schiffer qui en fera l’objet de sa thèse.

S’il est prouvé que le pseudo-scorpion mange du varroa, son efficacité dans la régulation de la pression varroa dans la ruche reste à démontrer scientifiquement et supposerait un aménagement des ruches modernes. J’y reviendrai.

Achat de pseudo-scorpions

Ils seraient assez chers à la vente : le Dr Charles Schramme, lors d’une conférence au cercle de « l’Abeille du Hain » mentionnait un prix allant de 5 à 45€ pièce  … ceci dit je n’ai pas trouvé, via internet, de producteur qui en vende et si l’on admet qu’il en faudrait de 50 à 150 par ruche, ce prix est évidemment prohibitif.

 

3 – Stratiolaelaps scimitus / Hypoaspisscimita

Stratiolaelaps scimitus est un arthropode de la classe des arachnides, de la sous-classe des acariens et de la famille des laelapidae.C’est donc un cousin de l’acarien « varroa destructor » de la famille des varroidae.

Stratiolaelaps scimitus est un prédateur terricole qui colonise les premiers centimètres du sol, vivant aux dépens de petits arthropodes ou, en leur absence, de résidus de plantes et d’autres débris organiques.
Il participe donc au compostage des débris organiques tombant au sol.

L’adulte Stratiolaelaps scimitus est de couleur brun clair et mesure 0,5 à 1 mm de long.

Reproduction et cycle de vie [1] :

Le développement complet de stratiolaelaps dure environ 18 jours à 20°C (68°F).

Le ratio sexuel est équivalent, 1 femelle pour 1 mâle.

Après l’accouplement, la femelle pond ses œufs dans le substrat de culture. Les œufs éclosent en nymphes après 1 à 2 jours. Les nymphes se transforment en adultes en 5 à 6 jours.

Tous ses stades mobiles (nymphes et adultes) sont des prédateurs et ils s’attaquent de préférence aux individus de plus petites tailles. Chaque individu mange 1-5 proies par jour.

S’il y a assez à manger, les femelles pondent régulièrement des œufs … la population d’acariens prédateurs s’agrandit donc tant qu’il y a de la nourriture.

Lors de manque de nourriture, ils peuvent se nourrir d’algues et de débris végétaux voire se passer de toute nourriture jusqu’à 7 semaines en entrant dans une phase de repos.

Stratiolaelaps adulte a une vie actived’en moyenne 6 semaines.  Il est actif  entre 10° et 28 °c  et est le plus actif entre 22 et 28 ºc.  À une température plus (> 28°c) ou moins (< 10° c) élevée, il entre dans une phase de repos pour survivre.

Il est bien adapté aux conditions humides dans une variété de supports de culture, mais ne tolère pas l’eau stagnante.

Outre son utilisation dans les programmes de lutte biologique sur les cultures maraîchères, il est utilisé pour le contrôle des divers acariens parasites qui affectent les oiseaux, les reptiles, les arachnides élevés par l’homme.

 Recherches

Une chercheuse canadienne, Sabrina Rondeau, biologiste à l’Université Laval, a mené plusieurs études sur l’utilisation des stratiolaelaps comme prédateurs du varroa dans des conditions expérimentales définies et publié des résultats préliminaires [2].

Elle conclut à l’absence de risque pour les abeilles et le couvain, à l’observation d’une prédation des varroas tombés à travers le grillage du plancher mais n’a pas pu conclure, dans les conditions expérimentales de ses protocoles, à la possibilité de contrôler l’infestation de varroas par stratiolaelaps scimitus.

Dans ses protocoles, les stratiolaelaps sont saupoudrés par le dessus, sur les têtes de cadres … et quand ils tombent dans le fond de la ruche, ils ne disposent pas d’un substrat dans lequel ils pourraient se réfugier, se nourrir et se reproduire.

Il faudrait donc répéter l’opération comme on le fait avec les traitements conventionnels (médicaments ou acides) au détail prêt qu’on peut traiter même durant la miellée puisque les stratiolaelaps ne s’intéressent qu’aux varroas phorétiques, ne polluent pas les cires comme les médicaments, ne provoquent aucun accroissement de mortalité des abeilles comme on l’observe lors des traitements aux médicaments et aux acides.

Le rucher Caramand – Abeilles du Hain [3], s’est lancé récemment dans un programme de lutte biologique contre le varroa à l’aide des stratiolaelaps auxquels est offert un endroit propice à leur reproduction et leur développement.

Les ruches sont placées sur un bac-support fermé dans le bas, ouvert côté ruche, rempli de terreau humide et de copeaux de bois de façon à ce que la grille à varroas du plancher soit bien en contact avec le mélange sur lequel est saupoudré une dose de 5.000 stratiolaelaps.

 

Le défi est ici de parvenir à contrôler le taux d’humidité du mélange terreau / copeaux de bois qui doit avoisiner les 30% et si nécessaire d’arroser avec un vaporisateur pour maintenir en vie les stratiolaelaps(l’arrosoir risquerait de noyer les stratiolaelaps).  Le bac étant fermé dans le fond et sur les flancs, il n’est pas difficile d’imaginer les manipulations que ce contrôle et maintien du taux d’humidité idéal impose.

Geert Steelant, apiculteur brugeois, utilise depuis plusieurs années « stratiolaelaps scimitus » mais a franchi le pas qui rebute les apiculteurs : pour offrir un milieu propice à leur survie et éviter si possible les achats répétitifs, il pose ses ruches sur des bacs-support contenant le mélange terreau – compost qui sont ouverts vers les ruches et vers le sol [4].

Sa démarche d’apiculteur est décrite dans un pdf de 28 pages, traduit en différentes langues dont le français [5].  Il pratique une apiculture « dite » respectueuse de l’abeille sur base de l’observation :

  •  celle d’un vieil apiculteur référent qui n’hésitait pas à mettre une colonie et sa ruche en contact avec le sol quand il pensait qu’elle avait un problème … sans vraiment savoir pourquoi elle allait mieux avec ce traitement
  • l’observation fréquente de ses propres colonies.

Geert, qui est manifestement un bon bricoleur, travaille avec des ruches qu’il a construites lui-même sur le modèle de la ruche Warré auquel il apporte quelques modifications de son cru.

Pas de démarche scientifique au sens strict du terme mais une démarche de recherche de ce qui est pour lui, intuitivement, bon pour ses abeilles.  La clef du succès de sa démarche est de monitorer l’humidité du milieu de vie des stratiolaelaps et leur présence tout au long de l’année … en fait une fois par mois.

Les trois expériences reprises (il y en a sans doute d’autres) diffèrent

  • par le type de ruche utilisée (Langstroth pour Sabrina Rondeau, WBC (William Broughton Carr) au Caramand et Warré pour Geert Steelant,
  • par l’absence d’adaptation de la ruche (Sabrina Rondeau) ou par l’apport d’un bac placé sous la ruche pour contenir le milieu de vie de stratiolaelaps scimitus (Caramand & Geert Steelant)
  • par le saupoudrage des stratiolaelaps
    • par le haut, sur les têtes de cadre de façon à ce que les stratiolaelaps descendent à la recherche de leurs proies.
    • dans le bas, sur le substrat proposé comme milieu de vie, ce qui suppose que les stratiolaelaps profitent du passage des abeilles sur le plancher pour s’attaquer aux varroas qu’elles portent ou qu’ils montent vers les cadres de corps pour y chasser leurs proies.

Comportement de chasse de stratiolaelaps scimitus

Lorsque qu’un varroa tombe, stratiolaelaps « saute » sur sa proie, lui arrache une patte et via l’orifice créé, s’en nourrit.  Pour rappel, c’est un arthropode de la classe des arachnides.

Lorsque les abeilles pénètrent dans la ruche, les acariens prédateurs rampent également sur les abeilles et attaquent les varroas qu’elles portent. Il semblerait que les abeilles recherchent les stratiolaelaps … qu’elles savent qu’ils la débarrasseront de ses indésirables varroas.

Par ailleurs, ils se déplaceraient sur une portée de 50 cm et seraient donc capables de grimper dans les cadres pour y rechercher leurs proies, les varroas phorétiques.  Ils ne s’intéressent ni au couvain, ni au miel.

Il ya un bémol à leur utilisation : ces acariens prédateurs n’aiment pas les températures (T°) supérieures à 28°c alors que la T° à l’intérieur de la ruche avoisine les 32°c quand il y a du couvain.  Ils fréquenteraient les endroits les plus frais de la ruche (bas de la ruche, cadres en périphérie du couvain), chasseraient quand il fait plus frais et donc la nuit,  se réfugient dans le bac à compost sur lequel est posée la ruche par trop grandes chaleurs.  La température dans le corps de ruche est donc un frein partiel à leur comportement de chasseur.

Achat de stratiolaelaps-scimiti

Ces derniers peuvent être facilement achetés en ligne via les sites web des producteurs. Je me limiterai à mentionner une source belge : https://www.nectarist.be et une source hollandaise : https://tryptomera-roofmijt.nl… il y en a  d’autres, à chacun de faire son marché en tenant bien sur compte des prix proposés mais aussi des délais de livraison, sachant que plus le temps entre l’emballage à la source et la livraison chez vous est court, mieux c’est pour la survie des stratiolaelaps dans leur emballage.

 

A consulter

[1] https://tryptomera-roofmijt.nl/varraomijten-biologisch-bestrijden-roofmijt/

[2] https://scholar.google.com/citations?user=mtLXYTMAAAAJ&hl=en

[3] https://www.abeilleduhain.be/projet-de-lutte-biologique-contre-le-varroa

[4] https://www.delachendebijenkast.be/download/ael8-art-myriam-lefebvre-final%20(1).pdf

[5] https://www.delachendebijenkast.be/download/l_apiculture_selon_geert_steelant_press_quality.pdf

 

Et encore sur le « stratiolaelaps scimitus »

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0208812

https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/39136/1/Rondeau%20et%20al.%20JEE_revised_clean_CorpusUL.pdf

https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/36954/1/34705.pdf

https://www.agrireseau.net/documents/Document_99331.pdf

https://vimeo.com/63418711

https://bioplanet.eu/fr/stratiolaelaps-scimitus-3/

sur le « pseudo-scorpions »

http://www.cari.be/medias/abcie_articles/173_ecologie.pdf

https://www.apiservices.biz/fr/articles/classes-par-popularite/2310-pseudo-scorpions-sauver-abeilles-mourantes

http://crsad.qc.ca/uploads/tx_centrerecherche/pseudoscorpions.pdf

https://www.beeculture.com/chelifers-or-pseudoscorpions-as-varroa-control-agents/

https://chelifer.de/book-scorpions/

https://www.natuurlijkimkeren.org/wp-content/uploads/2019/08/Brigitte-Martens-Samenvatting-Torben-Pseudoscorpions-TS.pdf

https://beenature-project.com/Haeufige-Fragen-FAQs

 

Georges Niset

Rodiaki

Rodiaki

Rodiaki (journal local de Rhodes, Grèce), 23 août 2021Extraits – Traduction libre (Michael K.)

 Le président de la coopérative d’apiculture, M. Savvas Savvoulis informe que les apiculteurs de l’île de Rhodes sont désespérés ces derniers temps. La production de miel à Rhodes est à un point critique après les effets du changement climatique, qui est particulièrement perceptible ces dernières années.  Et le récent grand incendie qui a éclaté sur l’île a eu pour effet l’instauration d’interdictions strictes : interdiction de l’usage des enfumoirs et interdiction d’accéder  aux ruches ! (seules les personnes devant nourrir des animaux sont autorisées à quitter les routes asphaltées et à s’aventurer en zone forestière).

La Coopérative des Apiculteurs compte 150 membres, en plus de ceux de l’Association, et 40 à 50 personnes sur l’île vivent exclusivement de l’apiculture.  Ils déplacent généralement leurs ruches là où il y a des fleurs, même vers les îles voisines alors qu’août est le mois de production du miel.

En effet, selon M. Savvoulis, le miel de Rhodes est traditionnellement de très bonne qualité, ce qui a été vérifié avec les analyses qui ont été faites. Le climat des années précédentes ainsi qu’aussi de la faune et de la flore de l’île permettent d’avoir du miel riche en oligo-éléments et c’est spécial ! En fait, des efforts sont faits pour obtenir une certification du « miel de pin » en tant que produit.

Bien sûr, il ne manque pas de mentionner les effets du changement climatique, qui ont un impact certain sur les abeilles de l’île.  Comme il le dit, avant 2015, nous avions une régularité des saisons et leurs ruches étaient solides et productives.  À partir de 2016, cependant, il a commencé à y avoir beaucoup de fluctuations précisément à cause du changement climatique.  Il était caractéristique que les apiculteurs obtiennent du miel de printemps  (thym) suivi de miel de pin en été. Or depuis cinq ans le pin est en chute libre.  Donc, maintenant, on propose un mélange de pin et de thym.

« Les abeilles… nous préviennent », dit l’apiculteur expérimenté et explique qu’elles ne sont pas bien nourries, que leur population diminue et qu’elles ne sont plus si fortes.

Pendant la saison des incendies et lorsque l’indice de risque d’incendie est aux niveaux 1 et 2, les apiculteurs peuvent utiliser leur enfumoir jusqu’à 10h00 du matin.  Cependant, après la survenance des derniers incendies dans tout le pays et sur notre île, une mesure d’urgence a été prise pour le mois d’août, interdisant aux apiculteurs même de s’approcher de leurs ruches.

Plus tard en août, l’interdiction d’accès a été levée mais seule l’utilisation d’un pulvérisateur d’eau était autorisée.  A défaut, les contrevenants risquent une amende « cinglante » et une saisie de la Justice.

Comme l’explique M. Savvoulis, le pulvérisateur d’eau ne fonctionne que dans les très petites ruches et non dans les grandes productives.  Comme il le dit, cette mesure est inapplicable lorsqu’ils veulent exercer leur métier, de sorte que, notamment les apiculteurs professionnels, se trouvent dans une position très difficile puisque de fait l’État leur interdit d’exercer leur métier.  Ils ne peuvent pas non plus déplacer leurs ruches car cela se fait le soir, ce qui est interdit.

Honeyland : la femme aux abeilles

Honeyland : la femme aux abeilles

Voici un lien pour regarder le documentaire pour ceux qui l’ont raté:
https://1drv.ms/v/s!AmN452D-P1T9kAlqfZ-U8VfFrjoW?e=Mfsm1L

« Honeyland : la femme aux abeilles », un film documentaire narrant la vie de Hatidze Muratava, une des dernières personnes à récolter le miel de façon traditionnelle, à la main, dans les montagnes sauvages de Macédoine. Une histoire incroyable à découvrir sans plus attendre.